Ouvrages recents de chamond jeanine

 

 La Précarité comme être sans. Sens anthropologique et phénoménologie clinique de la situation précaire.
 Ouvrage coordonné par Jeanine Chamond. Préface de Françoise Dastur.
Avec J. Chamond, J.-M. Chavarot, L. Gateau-Brochard, E. Granjean, F. Jover, F. LeBouter-Chaillou, F. Madioni, C. Romette, R. Stitou.
 

Avec quoi se fait une vie d’homme et comment se défait-elle ? Tels de nouveaux Cavaliers de l’Apocalypse surgis du fond des âges pour assaillir notre hypermodernité performante, la précarité, le chômage, l’exclusion, l’exil envahissent notre société, notre quotidien, nos rues. De plus en plus d’hommes sont désignés par ce qui leur manque, les sans abri, sans travail, sans droit, sans papier, sans terre, etc., et assignés à une identité réduite à la perte, à la privation, au dénuement, au rien. Le lien social qui fonde, maintient et garantit notre humanité, perd pour eux sa naturalité première pour devenir précaire, c’est-à-dire objet de prière, incertain, révocable et révoqué. A notre commune vulnérabilité ontologique à laquelle le social ne répond plus s’ajoute pour eux la précarité socialement construite, qui produit la perte d’autonomie, une pathologie de la confiance en l’Autre, la désubjectivation du syndrome d’auto-exclusion qui confine à la disparition de soi et finalement la mutilation de leur humanité. Le précaire, le chômeur, le SDF, l’exilé devient les surnuméraires, les invisibles sociaux, hommes des marges, hors jeux, sans voix et sans parole dans le concert démocratique, contingents, inutiles, illégitimes, sans prise sur leur vie, privés d’avenir, d’intimité, d’histoire, de quotidien. Réduits à seule la nécessité, sans pouvoir déployer leur existence ni réaliser une œuvre, ils survivent -mais ne devrait-on pas dire sousvivent ?- à la violence sans nom de la guerre économique dans les interstices de la société, déchus devenus déchets, jusqu’à perdre parfois leur nom, leur verticalité anthropologique et leur ultime dignité.  Les psychologues, psychiatres, psychanalystes, philosophes ici rassemblés interrogent la souffrance existentielle spécifique du précaire, véritable visage social de la folie qui s’échoue en souffrance dépassée - comme on dit un coma dépassé - qui parfois ne peut plus se penser ni se dire. Son sens anthropologique se précise comme l’altération du vivre ensemble fondateur, la destruction de la communauté et le déchirement de l’entremêlement ontologique du sujet et du monde social. Chacun d’eux témoigne à sa façon de rencontres qui les ont transformés parce qu’ils se sont ouverts un temps à l’ultime dénuement de ces êtres sans, au cœur de la commune précarité des hommes, sans y sombrer pourtant. Ils peuvent alors attester de situations qu’on ne peut plus se contenter de contempler depuis sa tour d’ivoire scientifique car il en va précisément de notre humanité à tous.


Éditions Le Cercle Herméneutique, 2018. 

 

 


 

 

melancolie

MÉLANCOLIE, Phénoménologie, Psychopathologie, Psychanalyse.
Sous la direction de Philippe Cabestan, Jeanine Chamond et l'École Française de Daseinsanalyse.

Que ce soit du côté de la psychanalyse et de ses commentaires de Deuil et Mélancolie (1917)  ou du côté de la psychiatrie phénoménologique, et on pense notamment au livre de Binswanger Manie et Mélancolie (1960), la mélancolie a suscité tout au long du vingtième siècle de très nombreuses publications. Mais un ouvrage, contemporain de ce dernier, se distingue par son ampleur et sa profondeur et mérite une attention toute particulière : Hubertus Tellenbach publie en 1961 Melancholie : Problemgeschichte, Endogenität, Typologie, Pathogenesz, Klinik,  ouvrage qui sera traduit quelques années plus tard sous le titre La Mélancolie. Comme Karl Jaspers, l'auteur est un psychiatre philosophe ou, comme on voudra, philosophe psychiatre. Il mobilise son immense culture afin de jeter quelques lueurs sur ce trouble étrange, qui suscitait déjà l'étonnement des grecs et qui frappe encore aujourd'hui certains de nos contemporains. Tout le monde en effet ne semble pas pouvoir sombrer, au sens médical du terme, dans la mélancolie. Reste alors à comprendre dans quelles circonstances certains le deviennent, ce que recouvre la notion de typus melancolicus, mais aussi à cerner la souffrance mélancolique. Telle est l'ambition de ce livre qui envisage la mélancolie d'un point de vue aussi bien historique que phénoménologique, psychiatrique et psychanalytique.

Editions Le Cercle Herméneutique, 2015.

 

lebenswelt chamon

CLINIQUE DU LEBENSWELT : Psychothérapie et psychopathologie phénoménologiques.

A.Tatossian, V.Moreira, J. Chamond et al.

Prendre en compte le monde vécu du patient, partager son monde devenu notre  monde et l'y accompagner dans l'aventure psychothérapique à partir d'une herméneutique de la clinique du Lebenswelt prend le sens d'une véritable éthique d'être avec l'autre.
Le concept husserlien de Lebenswelt peut se traduire par monde de la vie ou monde vécu:  il est au centre des travaux du grand psychiatre phénoménologie marseillais A.Tatossian. Neuf de ses articles, pour  la plupart inédits ou restés très confidentiels, paraissent enfin dans la première partie de ce livre. Le lecteur découvrira des études approfondies de la phénoménologie du corps, de la clinique de la dépression, de la schizophrénie et du temps humain, mais aussi une réflexion de fond sur la clinique, sur les rapports entre symptômes et phénomènes, sur l'inconscient et sur l'apport de la phénoménologie à la psychiatrie. La seconde partie de ce livre expose la relecture personnelle de que fait V.Moreira de Tatossian, de Merleau-Ponty et des grands phénoménologues européens dans une optique clairement affirmée de pratique psychothérapique. Grâce à ses livres, à ses traductions et diffusion au Brésil  des travaux de Tatossian, de nouvelles orientations de recherches théoriques et cliniques en psychopathologie phénoménologique ont vu le jour au Laboraratório de Psicopatologia e Clinica Humanista Fenomenológica (APHETO) qu'elle dirige à l'université de Fortaleza. De son point de vue d'Outre-Atlantique, V.Moreira réinterroge la psychiatrie phénoménologique européenne dans son histoire et son implication dans la pratique psychothérapique. Pour l'aider à creuser certaines problématiques, elle a su mobiliser des élèves, des collègues, des amis, comme T.Telles et la notion de liberté chez Merleau-Ponty, E. Leite et la dépression, J.Pita et le délire, J. Chamond et la névrose obsessionnelle, L. Bloch et la question de l'articulation entre théorie et pratique. À la fois clair, rigoureux, didactique et original, cet ouvrage s'adresse aux étudiants débutants comme aux chercheurs confirmés, aux philosophes curieux de la clinique psychiatriques comme aussi aux psychothérapeutes soucieux de trouver un fondement théorique solide et validé à une pratique clinique qui ne se satisfait pas des impasses actuelles de la psychologie positive ou des incantations du New Age.

MJW Fédition, 2016.

 

style temporel chamond

Les styles temporels pathologiques. Etudes psychanalytiques, existentielles et phénoménologiques de la temporalité dans les névroses et les psychoses.

Jeanine Chamond

Le style temporel pourrait être la façon dont on inscrit sa continuité psychique dans la discontinuité de son surgissement, chaque fois en présence singulière. Articuler son passé à son présent pour accueillir l'arrivée du temps est l'art de conjuguer les paradoxes de la temporalité relevés par l’anthropologie, la religion la philosophie, la psychologie et la psychanalyse. Les temporalités névrotiques témoignent que les symptômes enkystés dans le passé ne permettent pas de s'ouvrir à l'arrivée du temps : le paraître hystérique qui paralyse sa présence, le retrait de obsessionnel qui le rend spectateur de sa vie, le court-circuit phobique au contact de l'horreur sont des manières de rater sa temporalisation. Les psychoses sont une défaillance ontologique à être son temps dans le temps du monde, comme en témoignent le néant mélancolique, l'éclatement maniaque, la pétrification paranoïaque et les catachronies schizophréniques. Gageons que ces figures de l'échec à être et à devenir son temps nous aiderons à trouver notre propre style temporel et notre concordance des temps entre le temps qui passe, le temps qu'il fait dans notre être et le temps qui fuse de notre présence au monde.

Éditions Universitaires Européennes, 2016.